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Par Philippe David

J’ai failli recracher mon café (et plusieurs de mes amis aussi, d’ailleurs)  sur mon écran en lisant cet article ce matin dans le Devoir. Pas nécessairement parce que  j’étais en désaccord avec  l’article comme tel, mais quand je suis passé sur ce petit paragraphe :

« Berlusconi, c’est un drôle de numéro, explique le professeur de l’université d’Ottawa. S’il y en a un qui ressemble à Pierre Karl Péladeau, c’est plus Murdoch. Lui aussi est libertarien. Lui aussi s’est retiré des conseils de presse, en Australie et en Angleterre. Lui aussi a acheté des chaînes de télé importantes et concentré ses médias. Mis à part le scandale des écoutes téléphoniques que nous n’avons pas ici, c’est le baron des médias qui ressemble le plus à M. Péladeau. »

Murdoch? Péladeau? Des libertariens? Quelle blague!  Ce n’est pas que je veuille être pointilleux,  mais ni l’un, ni l’autre ne correspondent à des adeptes du libertarianisme.  Ils sont plutôt de ce qu’on pourrait appeler  la droite corporatiste. Ce sont des hommes d’affaires qui,  pour la réussite de leur entreprise, se collent au pouvoir politique afin d’obtenir des faveurs, des contrats ou des avantages règlementaires. Ainsi, Pierre-Karl Péladeau tète profusément les mamelles de l’état et bénéficie amplement de ses largesses. Rappelons que sa vache à lait, Vidéotron, bénéficie d’un monopole de câblodistribution protégé par l’état et dont l’achat a aussi été financé par l’argent des contribuables.  Dois-je aussi vous rappeler le nouvel amphithéâtre de Québec? Deux bons exemples de copinage avec le pouvoir politique.

Le libertarianisme est généralement opposé à toute intervention de l’état dans l’économie. C’est donc douteux qu’un libertarien puisse utiliser le pouvoir de l’état pour s’enrichir sans renier ses principes. Ayn Rand avait un terme pour caractériser ces hommes d’affaires qui s’enrichissent aux crochets de l’état : des pillards.

Une autre caractéristique de Pierre-Karl Péladeau qui ne correspond pas du tout au profil d’un libertarien est son nationalisme. Le nationalisme est une doctrine collectiviste qui consiste à exalter l’appartenance à une nation. Étant fièrement  individualiste, le libertarien n’éprouve aucun véritable attachement au concept de « nation », qu’il considère comme une abstraction artificielle. Peu de libertariens s’impliquent en politique, sauf quelques exceptions comme Ron Paul aux États-Unis ou Maxime Bernier au gouvernement fédéral, qui le font probablement  dans l’espoir de changer le système de l’intérieur. Pour le libertarien, l’indépendance du Québec ne représente tout simplement que  de passer d’une tyrannie fédérale à une tyrannie provinciale. Et puisque notre gouvernement provincial a des tendances beaucoup plus socialistes et totalitaires, en particulier quand le PQ est au pouvoir, il est plutôt invraisemblable qu’un libertarien milite activement pour l’indépendance, encore moins de se présenter pour le PQ. Un libertarien souhaite plutôt  abolir les deux niveaux de gouvernement.

Sachant maintenant cela, vous conviendrez que de considérer PKP comme un libertarien est plutôt absurde, mais qu’un journal de la trempe du Devoir fasse cette erreur est quand même intéressant. Il n’y a pas si longtemps, on se serait simplement contenté de caractériser M. Péladeau comme étant « de droite ». Le fait qu’on utilise maintenant le terme « libertarien », même si c’est à tort et à travers, signifie que cette philosophie politique s’est infiltrée dans le « mainstream » et n’est plus considérée comme marginale. D’une certaine façon, le fait que des médias de gauche utilisent maintenant des libertariens comme des épouvantails démontre qu’ils considèrent cette philosophie comme ayant une base plus solide et plus légitime dans le paysage politique québécois. Pour moi, il y a certainement de quoi se réjouir.

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