Éditoriaux

Par Philippe David

Depuis l’élection,  beaucoup de gens se demandent comment avons nous élu un gouvernement d’un parti que 18 mois plus tôt nous avions chassé sous des allégations de corruption?  Certains disent même que  nous l’avions chassé à grands coups de pieds au c… Mais en réalité,  les coups de pieds n’étaient pas si grands que ça si on considère que le PQ l’avait remporté par moins d’un pour cent du vote. Signe que l’électorat était moins que convaincu que le PQ offrait vraiment une alternative.

Je me souviens que bien des gens ont laissé échapper un soupir de soulagement en 2007 quand l’ADQ a failli prendre le pouvoir avec une bande de candidats-poteaux et pourtant, j’ai le sentiment qu’ils n’auraient probablement pas pu faire preuve de plus d’amateurisme que le PQ ces 18 derniers mois. Le PQ aura réussi à presque s’auto-détruire. Le fait que Mme Marois ait été abasourdie par sa défaite confirme d’ailleurs le pire que je n’aurait pu imaginer: elle ne savait vraiment pas ce qu’elle faisait. Devant une si flagrante incompétence, quel choix avions-nous?

Maintenant que l’élection est terminée et que la Commission Charbonneau a repris ses travaux, la corruption est de nouveau revenu dans l’avant-plan.  Les révélations sur le PLQ sont pour le moins troublantes et on peut certainement se poser la question si 18 mois de pénitence auront été suffisants. Sauf que de poser cette question manque totalement le point selon moi. Si la Commission Charbonneau a démontré quelque chose, c’est que la corruption n’est pas un phénomène d’un seul parti. C’est un problème endémique au pouvoir.

Le pouvoir corrompt 

Lord Acton disait que le pouvoir corrompt et que le pouvoir absolu corrompt absolument, Dans son roman « Dune », l’auteur Frank Herbert émet une autre hypothèse: « Tous les gouvernements souffrent d’un problème récursif. Le pouvoir attire des personnalités pathologiques.  Ce n’est pas que le pouvoir corrompt, mais qu’il est magnétique aux corruptibles. »

Voyez-vous, notre société est fondée sur un paradoxe: Nous croyons que la nature humaine est fondamentalement mauvaise et que pour cette raison, nous avons besoin d’une entité quelconque pour nous maintenir dans le droit chemin, par la force, si nécessaire. Nous nous sommes donc donné des chefs et des rois, qui à l’origine, justifiaient  leur pouvoir par la sanction divine. Soit ils se représentaient comme des dieux, ou ils étaient ordonnés par Dieu.

Puis vinrent les lumières et des formes de gouvernement plus démocratiques, justifiant leur pouvoir par la sanction du « peuple », plutôt que celle de Dieu. Seulement, la faille dans tout ça est que les gouvernements sont composés d’êtres humains qui sont tout aussi faillibles que le reste d’entre nous et, pis encore, pour désirer avoir un pouvoir sur ses semblables, il faut d’ores et déjà avoir le genre de personalité avec une tendance à en abuser. À quoi sert d’avoir le pouvoir, après tout, si on ne peut pas en profiter?

Nous vivons dans l’illusion que ceux que nous élisons et ceux qu’ils embauchent comme fonctionnaires agissent par altruisme plutôt que par intérêt personnel. C’est une grave erreur pour laquelle nous payons depuis très longtemps, et pas seulement au Québec.  Si vous vous imaginez que de voter pour un parti ou un autre va changer quelque chose, ouvrez les yeux. Ce n’est pas d’hier qu’il y a des histoires de gouvernements déchus pour cause de corruption ici et ce n’est pas demain la veille que ça va changer tant que le système est en place.

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