Les problèmes de l’égalité (1re partie)

by Pierre-Guy Veer

 

Par Pierre-Guy Veer

(Inspiré d’une lecture du professeur Mark LeBar, lors d’un séminaire de l’Institute for Humane Studies (IHS) à l’Université Chapman, Californie, en juin 2012)

 

La gauche (qui veut plus d’intervention du gouvernement dans l’économie, principalement), adore l’égalité. Pour elle, tous nos problèmes seraient réglés si nous étions tous égaux. Mais égaux comment? En intelligence? Je ne crois pas qu’elle veuille que nous soyons des clones. Serait-ce plutôt en matériel (richesse, ressource, opportunité)? Si tel est le cas, alors il y a de nombreux problèmes. Non seulement existe-t-il plusieurs conceptions de l’égalité pour la gauche, mais en plus, elles sont mutuellement incompatibles.

 

Il y a tout d’abord l’égalité la plus populaire : celle des richesses (welfare). Pour les promoteurs de ce type d’égalité, l’humanité serait tellement mieux si nous pouvions tous vivre également bien avec un salaire similaire et avoir des vies mieux remplies. On pourrait sans doute lui attribuer l’indice Gini, qui mesure l’inégalité des revenus – plus l’indice est bas, plus les salaires sont semblables entre les citoyens d’un territoire donné.

 

L’égalité des richesses pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, ça démontre une certaine jalousie. En effet, malgré que leur profession soit cartelisée2, les médecins reçoivent nécessairement un salaire plus élevé que les concierges à cause des nombreuses années d’étude et de formation nécessaires, sans compter tout le stress et les dangers reliés à la profession. Vouloir égaliser les salaires vers le bas découragerait les futurs médecins d’entreprendre leur carrière, tandis que les égaliser vers le haut ferait exploser les couts de l’entretien ménager. Ensuite, la seule mesure qu’on pourrait qualifier d’objective pour le bien-être humain est la satisfaction des désirs. Malgré leur écart titanesque de revenus, le Dalaï-lama et Bill Gates semblent relativement satisfaits de leur vie. A-t-on vraiment d’un jet privé, d’un écran de 60 pouces et d’un ordinateur dernier cri pour être heureux? Mais encore là, la satisfaction des désirs pose problème. Que doit-on faire si une personne a des désirs très dangereux (meurtre, drogues)? Aussi, à supposer qu’il soit possible de vraiment égaliser le niveau des richesses, que ferait-on si quelqu’un dilapide les siennes au casino? La société devrait-elle encore l’aider?

 

Égaliser les ressources

 

D’une façon similaire à l’égalité des richesses, certaines personnes préfèreraient plutôt que les gens soient égaux dans les ressources qu’ils détiennent. Une fois cette égalité réalisée, les gens se débrouilleraient.

 

Encore là, ce type d’égalité pose problème. À l’exception des ressources gratuites de la nature (soleil, air, pluie), tout ce que nous consommons a reçu une forme de transformation par les humains.Vouloir distribuer ces ressources « également » pour tous pourrait, tel qu’une égalisation salariale vers le bas entre médecins et concierges, décourager ladite production. Sans compter qu’on n’a pas tous les mêmes habiletés avec les ressources qu’on reçoit. Si je recevais une montagne de sable, je m’en servirais au mieux comme terrain de volleyball. Mais dans les mains de ces artistes qui fréquentent les concours de sculptures sur sable, cette même montagne deviendrait un chef-d’œuvre. Parlant de talent, est-ce que leur absence peut compter comme un manque de ressource? Est-ce que le fait que je sois calé en économie et pas en chimie fait de moi une personne « démunie »? C’est pour cette raison que les humains ont créé le commerce : afin de profiter des talents particuliers des autres. Sans cela, on serait obligé de tout produire nous-mêmes. Imaginez un Canada sans échanges commerciaux de nourriture pendant l’hiver…

 

Égalité des opportunités

 

Une autre sorte d’égalité populaire, surtout aux États-Unis, est celles des opportunités. Si tout le monde avait le même point de départ dans la vie, alors nous serions tous sur un pied d’égalité dans nos chances d’obtenir un emploi, par exemple.

 

Encore une fois, on se retrouve avec un manque de balises objectives. Comment peut-on vraiment mesurer les opportunités? Si c’est par le nombre d’options qui s’offre aux gens, alors l’égalité est impossible. En effet, nonobstant le corporatisme de plusieurs professions, il y aura toujours de ces emplois – ingénieur, chirurgien, architecte – qui exigeront une longue et pénible formation. Puisque chacun nait avec différentes priorités, et donc avec différents couts d’opportunité (faire X signifie qu’on ne peut pas faire Y de façon optimale), ce ne sera pas tout le monde qui voudra dépenser autant d’énergie sur une formation aussi ardue. Il semble plus juste de parler de liberté des opportunités plutôt que de leur nombre. Si le gouvernement considère tous ses citoyens égaux devant la loi, alors ils sont complètement libres de choisir l’emploi qu’ils veulent. Évidemment, certains employeurs pourraient arbitrairement discriminer certaines personnes. Aussi enrageant soit-ce, il serait immoral de forcer un employeur d’employer une personne qu’il ne veut pas; c’est une question de respect de la propriété privé. S’il est assez fou pour refuser d’engager des femmes, alors grand bien lui en fasse de discriminer la moitié de la population.

 

1Inspiré d’une lecture du professeur Mark LeBar, lors d’un séminaire de l’Institute for Humane Studies (IHS) à l’Université Chapman, Californie, en juin 2012

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